Skip to Content
Recherche

Dre Janine Hutson : Explorer le terrain inconnu des modulateurs de la CFTR en présence de grossesse

22 septembre 2026

Partagez ceci :

Dre Janine Hutson

Il y a une génération, on ne s’attendait pas à ce que beaucoup de personnes atteintes de fibrose kystique (FK) atteignent l’âge adulte, ce qui rendait les discussions autour de la grossesse bien moins courantes qu’aujourd’hui. De nos jours, grâce aux modulateurs de la CFTR, des médicaments qui ciblent la cause sous-jacente de la maladie, les personnes atteintes de FK n’ont jamais été aussi nombreuses à fonder une famille. Mais ces progrès s’accompagnent d’une nouvelle incertitude : comment ces médicaments révolutionnaires peuvent-ils être utilisés en toute sécurité pendant la grossesse?

La Dre Janine Hutson, obstétricienne-gynécologue spécialisée dans les grossesses à haut risque au London Health Sciences Centre et professeure adjointe à la Western University, s’efforce d’apporter une réponse à cette question.

Avec le soutien de Fibrose kystique Canada, la Dre Hutson étudie comment les modulateurs de la CFTR passent de la mère enceinte à son bébé en développement. Son objectif est de rassembler les données nécessaires pour établir des recommandations sur une posologie sûre et efficace pendant la grossesse, tant pour la mère que pour l’enfant.

Pourquoi cette recherche est-elle importante aujourd’hui?

« Les modulateurs de la CFTR ont révolutionné la prise en charge de la maladie, explique la Dre Hutson. Nous constatons qu’un nombre croissant de patientes en âge de procréer parviennent à mener une grossesse à terme. »

De nombreuses personnes atteintes de FK qui prennent des modulateurs choisissent de poursuivre leur traitement pendant la grossesse, même si leur innocuité tout au long de la grossesse n’est pas encore entièrement élucidée. En effet, l’arrêt des modulateurs peut entraîner une détérioration de l’état de santé, ce qui place les patientes face à des décisions difficiles concernant la planification familiale.

Pourtant, les données sur l’effet de ces médicaments sur le fœtus en développement restent limitées. Certains signes précurseurs, tels que des altérations de la fonction hépatique ou l’apparition de cataractes, ont été observés chez un petit nombre de nourrissons exposés, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre ce que cela pourrait signifier pour la santé à long terme du bébé.

Étudier le placenta pour comprendre le transfert des médicaments

Les recherches de la Dre Hutson s’appuient sur des placentas humains issus de dons afin de mesurer directement comment les médicaments passent de la mère au fœtus.

« Le placenta est l’organe le plus spécifique de l’espèce, explique-t-elle, la circulation sanguine et la structure de cet organe étant essentielles à son étude. »

En laboratoire, son équipe reproduit la circulation sanguine des deux côtés du placenta afin d’étudier en temps réel le déplacement de ces médicaments. Cela leur permet de déterminer avec précision quelle quantité de chaque modulateur de la CFTR atteindrait le fœtus en développement.

Ses premiers résultats confirment que ces médicaments traversent bel et bien le placenta, ce qui souligne l’importance de bien comprendre comment établir la bonne posologie.

Pourquoi la posologie pendant la grossesse est-elle complexe?

La grossesse modifie de manière significative la façon dont l’organisme métabolise les médicaments.

« Au début de la grossesse, la situation peut être semblable à celle d’une adulte non enceinte, explique la Dre Hutson. Mais à mesure que la grossesse avance, les choses changent. 

Le volume sanguin augmente et le fœtus développe sa propre circulation sanguine. Par conséquent, une même dose de médicament peut ne pas avoir le même effet. 

Pour certains médicaments, une dose plus élevée peut être nécessaire pour atteindre les mêmes concentrations sanguines, précise-t-elle. Cela signifie qu’on ne peut pas partir du principe que la dose utilisée en dehors de la grossesse sera sans danger pendant la grossesse. »

Vers une posologie personnalisée pour la mère et le bébé

L’objectif ultime de la Dre Hutson est de transformer ces données en un outil clinique pratique.

Son équipe met actuellement au point un modèle informatique qui simule la façon dont les modulateurs de la CFTR circulent dans l’organisme pendant la grossesse. Cet outil pourrait aider les cliniciens à déterminer la dose adaptée à chaque patiente, en trouvant le juste équilibre entre l’efficacité pour la mère et la sécurité pour le bébé.

La Dre Hutson espère que cela aidera les parents atteints de FK à poursuivre leur traitement, qui leur permet de rester en bonne santé, tout en réduisant les risques potentiels pour leur bébé.

Parallèlement, ces recherches pourraient ouvrir la voie à une nouvelle possibilité : traiter la FK avant la naissance.

« Nous disposons désormais des outils permettant potentiellement de changer la vie d’une personne dès le début », explique la Dre Hutson.

Dans certains cas, cela pourrait impliquer d’administrer un médicament à une femme enceinte, afin que son bébé atteint de FK commence à recevoir un traitement in utero.

Perspectives d’avenir

La grossesse chez les personnes atteintes de FK reste, comme le dit la Dre Hutson, « un terrain inconnu ».

Mais avec un nombre croissant de personnes vivant plus longtemps et en meilleure santé, c’est un terrain qui mérite d’être exploré, et la Dre Hutson est déterminée à en tracer les frontières.

Ses travaux contribuent à garantir que les familles touchées par la FK puissent prendre des décisions éclairées concernant la grossesse, avec l’assurance que leurs traitements sont efficaces tant pour elles que pour leur bébé.